Les Rapines d’Eryl – Chapitre 3

V3

Chapitre 3 : Une fine Bruine

Les derniers rayons de soleil disparaissaient. Une ombre se redressa sur un toit. Elle s’approcha du bord de celui-ci. Elle marqua une pause puis bondit sur le toit du bâtiment le plus proche. Puis sur le suivant. Et le suivant. La pluie fine s’abattait sur les tuiles. Faisait luire les pavés. La ville paraissait presque belle, comme si la bruine purifiait ses rues.

L’ombre s’arrêta soudain. Le bâtiment suivant était un riche manoir. Deux gardes tournaient autour. La silhouette, agenouillée au bord du toit attendait, un arc à la main. Les vigiles se croisèrent une fois au Nord. Quelques minutes plus tard ils se saluaient au Sud. Puis chacun disparu d’un côté du bâtiment.

Eryl réagit aussitôt, il banda son arc et tira. A la place d’une flèche, c’est un crochet, relié à une corde qui partit. Celui-ci se bloqua entre deux tuiles. Eryl saisit la corde des deux mains et s’élança dans le vide. Il décrivit une courbe dans les airs et se réceptionna avec agilité sur le mur du manoir. Empoignant fermement la corde, il se mit à grimper le mur glissant avec précautions. Il arriva sur le toit. Il décoinça le crochet et le remit à sa ceinture.

Courbé, il se rapprocha de la cheminée principale. Celle-ci ne fumait pas, la voie était donc libre. Il se pencha au-dessus du trou béant. Une lumière, extérieure à la cheminée, se projetait au fond de celle-ci. Eryl entra dans l’ouverture. Écartant les bras et les jambes de chaque côté pour se tenir, il descendit lentement. Soudain, son pied heurta quelque chose.

C’était fin, métallique, aiguisé. Un pique. Se décalant, Eryl reprit sa descente. Son pied rencontra à nouveau une aspérité. La cheminée était piégée. Quelques pieds plus bas il serait impossible pour Eryl de descendre ou de monter. Il devait retourner à la surface et trouver un autre accès.

Une fois sortit du conduit, Eryl s’agenouilla sur le toit. Le fait de devoir changer maintenant son approche était très risqué. Il ne devait pas se précipiter. Rentrer par une des lucarnes au deuxième étage était impossible. Les fenêtres du premier étaient quant à elle très risquées. Néanmoins les portes étaient trop facilement repérables et la trappe était un itinéraire incertain. Les fenêtres semblaient donc être l’option la plus sûre.

Toutefois, des précautions étaient à prendre. Eryl devrait rentrer par l’une des fenêtres côté Sud pour qu’en cas de complication, il puisse passer en vitesse la trappe et éviter d’être repéré.

Il fallait également penser à la descente du toit. Le mur était trop glissant pour pouvoir le descendre sans attache. Néanmoins il faudrait trouver un moyen de faire disparaître cette attache une fois descendu. Retourner sur le bâtiment voisin n’était pas une solution car il faudrait ensuite escalader la grille et par ce temps de pluie, ceci était une opération périlleuse.

Eryl détacha son crochet de sa ceinture et pris une de ses flèches incendiaires dans son carquois. Il détacha le flacon fixé au bout et vida son contenu sur la corde attachée au crochet. Ensuite il fixa ce dernier sur la cheminée et s’approcha du bord côté Sud du toit. Se servant de la corde comme attache, il se pencha dans le vide. Deux des fenêtres avaient les volets rabattus. Aucun signe ne distinguait les deux restantes. Eryl décida donc de passer par la fenêtre la plus au centre, la plus proche de la trappe.

Eryl attendit quelques instants que les gardes se croisent devant la façade Sud, puis, une fois ceux-ci disparus à nouveau, s’élança dans le vide.

Au niveau du second étage il tira avec force sur la corde qu’il tenait fermement et se réceptionna avec aisance au dessus des fenêtres du premier étage. Se penchant, Eryl risqua un œil à l’intérieur pour vérifier que celles-ci n’étaient pas surveillées. Une fois rassuré, Eryl relâcha sensiblement son étreinte sur la corde avant de prendre appui sur le rebord de la fenêtre. Accroupit, sur celui ci, Eryl examina cette dernière. Il n’y avait pas de serrure extérieure. Néanmoins, entre les deux pans de la fenêtre, la jointure était large et Eryl pu y glisser sa dague pour faire glisser le loquet qui la maintenait fermée.

Eryl s’assura que la pièce sur laquelle donnait la fenêtre était vide. Finalement, avant de pénétrer dans le manoir, il prit le flacon en verre de feu vide de sa flèche ainsi que la corde dans sa main droite. Il serra le poing et sentit un craquement suivit d’une étincelle. Une petite flamme remonta le long de la corde, quelques secondes plus tard plus rien n’indiquait son passage. Il entra finalement dans le bâtiment.

Il se retrouva dans ce qui semblait être un salon. Un canapé faisait face aux fenêtres et à deux fauteuils. Des chandeliers éteins étaient placés sur des tables basses aux quatre coins de la pièce. Celle-ci n’avait qu’une seule porte dont Eryl s’approcha à pas feutrés.

De la lumière émergeait du trou de la serrure. Eryl jeta un regard au travers. En face de la porte se trouvait un escalier montant à l’étage supérieure, menant droit sur une autre porte. A gauche, un couloir menait à une pièce non éclairée. A droite, un escalier descendait au rez de chaussé, où l’ont pouvait entendre la discussion de deux hommes, probablement des gardes.

Alors qu’Eryl apposait sa main sur la poignée de la porte, il se ravisa. Un bruit venait de se faire entendre à l’étage supérieure. Le bruit d’une serrure qu’on déverrouille. Regardant à nouveau par l’ouverture, Eryl pu voir la porte en haut de l’escalier s’ouvrir, dévoilant Lionel, un chandelier à la main. Celui-ci sortit de la pièce dont Eryl ne pu rien apercevoir et referma prestement la porte. Ensuite, il descendit l’escalier et se rendit dans la salle de gauche, qu’Eryl, à la lumière du chandelier pu identifier comme étant une chambre.

Après avoir attendu quelques instants, Eryl sortit finalement du salon et gravit silencieusement l’escalier montant à l’étage supérieur. Quel qu’était la fonction de cette salle, Lionel semblait décider à en protéger les secrets. Si l’objet de la rapine ne s’y trouvait pas forcément, Eryl ne ressortira certainement pas de la pièce les mains vides.

Arrivé en haut de l’escalier, il se pencha sur la serrure de la porte. Celle-ci était particulièrement complexe et nécessiterait un certain temps à crocheter. Néanmoins il considéra que ceci était un risque nécessaire et s’attela à déjouer le mécanisme.

Si ce n’est la rumeur de la discussion des deux gardes au rez de chaussé, aucun bruit ne se faisait entendre, et il pu déjouer le mécanisme sans souffrir d’une rencontre inopportune.

Lorsque la serrure s’ouvrit enfin, Eryl rentra avec précautions dans la salle. Alors qu’il poussait la porte, celle-ci buta contre un objet. Il perçu un vacillement et eu juste le temps de rattraper un vase de fonte, posé sur un promontoire derrière la porte avant que celui-ci ne produise un son de chute malencontreux.

Eryl referma la porte et alluma une bougie posée sur le rebord d’une des lucarnes. La salle était dans un désordre indescriptible. Partout des objets hétéroclites s’amoncelaient, aux côtés de piles de parchemins et de manuscrits. Deux bureaux, croulant sous leurs charges étaient positionnés contre le mur Nord. Des coffrets, étaient disposés dans tous les coins de la pièces et le tout évoquait une salle où on avait jeté au fil des ans tous les objets dont on n’avait plus l’utilité.

Un bruit de pas se fit entendre à l’étage inférieur. Une porte qu’on ouvre, quelques pas, la même porte que l’on referme. Des pas descendant un escalier. Une voix : « Lionel est descendu. ».

Un garde effectuant sa ronde, et notant les agissements de son employeur. Eryl devait être particulièrement précautionneux, les vigiles savaient que personne n’était censé se trouver au second étage, le moindre bruit le trahirait.

Eryl commença à fouiller la salle. D’abord les bureaux, mais à part des livres de comptes et des notes, il ne trouva rien. Il examina ensuite les coffrets. Un seul était verrouillé, et les autres ne contenaient que diverses objets à l’aspect extrêmement ancien. Comme s’ils dataient de plusieurs millénaires. Des coupes, des pendentifs, des ustensiles étranges, tous usés par le temps, rien d’intéressant.

C’est lorsqu’Eryl ouvrit le coffret jusqu’alors scellé qu’un mélange de satisfaction et de stupeur se dessina sur son visage.

Au fond du coffre, étaient posées deux sphères de métal, rigoureusement identiques. Elles étaient gravées de symboles étranges sur l’entièreté de leur surface. Les motifs, à base de courbes, s’entrelaçaient les uns les autres, formant des spirales étrange sur cette boule de métal brillante comme de l’argent.

Eryl sortit les deux objets, et remarqua alors la seul différence entre les deux objets qu’il pouvait discerner : l’une d’entre elles était chaude. Comme si à l’intérieur de la sphère quelques braises étaient déposées.

Alors qu’il essayait de faire sens de cette situation, Eryl fut tiré de ses réflexions par le bruit d’une lourde porte qu’on ouvre. Il tendit l’oreille et pu discerner des voix.

– Est-ce qu’il est descendu ?

– Oui pourquoi ?

– La lumière s’est rallumée.

– Je vais voir.

Des bruits de pas montant un escalier. Un temps de silence. Des pas rebroussant chemin. Quelques chuchotements et de nouveaux des pas dans l’escalier. Nombreux cette fois.

Eryl mis les deux sphères dans sa sacoche. Il était repéré. Il souffla avec empressement la bougie. Et se plaqua dos au mur, à côté de la porte. Des pas montaient le second escalier à présent. Eryl dégaina sa dague et se prépara à bondir sur les arrivants.

La porte s’ouvrit, lentement. Un garde entra, puis un second. A ce moment, Eryl jusqu’alors caché derrière la porte se rua sur le second arrivant, lui décochant un coup de pommeau au front. Le garde déstabilisé, recula. Eryl se baissa pour éviter l’assaut du premier garde entré, puis bondit sur le dernier garde, encore dans les escaliers. Celui-ci n’eut pas le temps de réagir et les deux opposants dégringolèrent à l’étage inférieur.

Eryl, qui s’était servit du garde pour amortir sa chute se releva avec précipitation, laissant le vigile gisant tenter de reprendre son souffle. Il s’engagea dans le second escalier où un autre garde gravissait les marches, au secours de ses camarades. Eryl esquiva un assaut improvisé et maladroit et répondit d’un coup de coude dans la nuque.

Alors qu’il descendait les dernières marches, il reçu un choc brutal et tomba sur les marches. Se relevant le plus vit qu’il pouvait, il para tant bien que mal une seconde attaque et faillit perdre son équilibre à nouveau. Voyant que son ennemi était déstabilisé, le garde profita de ce répit pour dégainer son épée.

Reprenant ses esprits, Eryl sortit prestement sa dague et fonça sur son assaillant. Se plaquant contre le mur pour éviter une attaque, il bondit ensuit avec agilité sur le garde. Celui-ci tenta un assaut d’estoc pour forcer son opposant à reculer mais Eryl le dévia avec aisance. Profitant de l’ouverture, il asséna alors un coup dans l’estomac du garde qui tomba un genou, puis l’acheva avec un second coup au visage.

Alors que le garde tombait au sol, les trois premiers vigiles s’engageaient dans l’escalier. Eryl n’avait pas le temps de passer par la porte d’entrée, il traversa le couloir et arriva dans ce qui était manifestement la salle à manger. Il se rua sur le mur de fond et plongea au travers de la large fenêtre de la façade Est.

Dans un pluie d’éclats de verre, Eryl sortit du bâtiment. Il retomba lourdement de côté sur le sol boueux. Un éclat de verre s’enfonça dans son épaule. Il l’arracha en se relevant. La bruine tombait toujours et le vent s’était intensifié. Les gouttes de pluies valsaient, malmenées par les bourrasques.

Eryl reprit sa course effrénée. Il courut droit vers le portail d’entrée devant lequel le garde resté au-dehors le regardait d’un air ébahit. Celui-ci reprit ses esprits alors qu’Eryl approchait et tenta de lui asséner un coup d’épée mais Eryl esquiva sans difficultés l’assaut précipité et rentra dans son adversaire, le projetant contre le portail. Lequel s’ouvrit violemment sous le choc et Eryl, enjambant le corps du garde quitta la demeure.

Une fois dans la rue Eryl marqua un temps d’arrêt. Tout droit le mènerait au centre du plateau, il ne pouvait emprunter cet itinéraire. A gauche, une patrouille de gardes de la cité accourait, alertés par les bruits de combat. Il obliqua donc à gauche et recommença à courir.

Eryl courait, les pas de ses poursuivants se mêlaient aux siens. Les échos de leurs cris étaient répondus et de toute part, de nouveaux gardes accouraient. La pluie tombait, fine. Les gouttes battaient les pavés avec légèreté. Le vent soufflait. Eryl courait.

Il arriverait bientôt au bord du plateau. Il devrait monter sur les toit. Peu de gardes seraient capables de le poursuivre dans une course frénétique vers le bas. Il obliqua dans une ruelle à sa gauche, pris appui sur une caisse posée au sol, bondit, attrapa le bord d’un toit, se hissa rapidement. Il était sur les toits, et il continuait à courir.

Quelques gardes n’avaient pas abandonné et le poursuivaient encore, mais la majeure partie était restée dans les rues. Eryl bondissait de toit en toit sans se préoccuper de la fatigue qui le gagnait peu à peu, de son épaule qui le torturait ou de l’itinéraire qui l’empruntait. Sa priorité était de semer ses poursuivants, rien d’autre n’avait d’importance pour le moment.

Ils avaient quitté le plateau. Si Eryl parvenait à atteindre le bas, il ne doutait pas de pouvoir disparaître de la vue des gardes, mais c’était une course longue et dangereuse. Les toits étaient glissants, les rues encore larges.

Eryl bondit, atterri sur un toit en contrebas, se réceptionnant tant bien que mal. Il ne prenait pas de précautions, il était pressé. Il bondit à nouveau, le toit suivant était proche, le saut fut facile. Il bondit encore, cette fois-ci la rue était large, trop large. Eryl s’en rendu compte trop tard. Tant pis, il devait y arriver. S’étirant le plus possible, il parvint à poser le pied sur le toit suivant. Mais il pleuvait, et les tuiles glissaient. Il ne pu garder son équilibre et tomba en avant. Sa tête frappa avec violence le toit et il perdit connaissance.

– Gaétan Marras

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