Les Rapines d’Eryl – Chapitre 1

V3

Chapitre 1 : Un Contrat Réussi

Les traits orangés du crépuscule s’inclinaient déjà lorsqu’Eryl sortit de la maison d’apparence abandonnée qui lui servait d’habitat. Même si l’apparence extérieure du bâtiment était miteuse, Eryl avait rénové les sous-sols et y vivait tout à fait convenablement. À l‘extérieur des limites de la ville, dans un groupement de maisons fantômes, c’était l’endroit parfait pour lui qui devait rester discret du fait de sa notoriété auprès des gardes de la cité.

La ville sur la colline s’appelait Milyun et, même si elle n’était pas la capitale du pays, elle en était de loin la ville la plus importante autant commercialement que militairement. C’était aussi la seule ville du royaume à ne pas être régie par un seigneur. Les dirigeants étaient un groupe de marchands parmi les plus riches du pays, voire du continent. Si cela pouvait paraître être un système plus juste et égalitaire, c’était en réalité une société corrompue où seul le capital matériel importait et définissait votre place au sein de la ville.

Eryl se dirigea directement vers Milyun. Habillé d’un manteau gris sombre dont il avait rabattu la capuche pour masquer son identité, d’un pantalon, de bottes et d’une tunique de cuire noirs, il marchait d’un pas rapide vers les portes de la ville se situant un peu plus loin. Un sac sur l’épaule, il avait des affaires à régler.

L’animation de la journée touchait à sa fin. Comme le soleil, la plupart des habitants disparaissaient. Les honnêtes gens, si peu qu’ils étaient, laissaient la place à la vie nocturne de Milyun, la vie que la plupart refusaient de voir.

Eryl bifurqua dans une petite allée où les bruits métalliques d’un marteau se faisaient entendre. Quelques pas plus loin, il rentra dans l’atelier d’où provenaient ces sons et devant lequel pendait une pancarte sur laquelle une enclume était dessinée.

Lorsque le forgeron aperçu Eryl, il arrêta son travail et se dirigea vers son client.

-Ça fait un bout de temps qu’on ne t’avait pas vu, dit l’artisan en s’approchant du comptoir auquel était accoudé Eryl.
-Je n’avais pas de travail à te donner, répondit le jeune homme sur un ton moqueur.
-Qu’est-ce qui t’amène ?

Eryl sortit de son sac la dague trouvée la nuit précédente et la posa sur le comptoir.

-Elle est émoussée, dit-il pour accompagner son geste.
Évidemment, c’est une arme de décoration.
-Tu pourrais m’en faire quelque chose d’utile ?
-Ça te coûterait moins cher de m’en acheter une tout simplement.
-J’aime bien celle-là.
-Reviens dans trois jours, ce sera fait.

Eryl sortit une petite bourse de sa poche et la posa sur son comptoir.

-Pour ton avance, dit-il en s’éloignant.

Eryl progressa encore un peu dans la ville avant de bifurquer à nouveau dans d’étroites ruelles. Il finit par arriver à une échoppe solitaire au milieu d’un quartier d’habitation. Le magasin, qui n’affichait aucune indication, était une sorte de bazar où étaient exposés de nombreux objets allant du plus banal au plus hétéroclite.

Le commerçant, un petit homme âgé au crâne dégarni attrapa la bourse qu’Eryl lui lança alors qu’il entrait avec une rapidité surprenante.

-T’avais raison, comme d’habitude. dit Eryl en s’approchant du comptoir.
-Tu devrais le savoir depuis le temps : je ne fais jamais d’erreur.
-Et il se pourrait bien que je finisse par y croire.
-Il serait temps.
-Les prévisions pour la semaine prochaine ?
-Orage demain et après-demain, une pluie fine le jour d’après. Le reste de la semaine sera humide.

Eryl opina et se dirigea vers la sortie du magasin.

-Comme d’habitude, trois écus si t’a raison, cinq si ça me permet d’accomplir un contrat. dit Eryl en s’éloignant.
-Je devrais peut-être augmenter mes prix, tu fais un très bon client.
-Fais-le et je change d’informateur, t’es déjà plus cher que tous les autres en ville.
-Mais je suis aussi le plus fiable.

Mais alors que le commerçant finissait sa phrase, Eryl était déjà sortit de l’échoppe.

Il lui restait jusqu’à la tombée de la nuit pour confirmer son contrat, ce qui lui laissait un peu moins d’une heure. Il s’élança d’un pas rapide vers les bas-quartiers de la ville. Au fur et à mesure qu’il avançait, les pavés se raréfiaient, la boue remplaçait la terre battue, les carreaux des fenêtres faisaient place à des planches de bois éventrées. Eryl arriva finalement devant une auberge dont l’enseigne affichait une cruche percée d’une flèche. Il contourna l’établissement et y entra par la porte arrière.

Il pénétra dans un premier couloir au bout duquel se trouvait une solide porte de bois cloutée. Il y frappa.

-Qui êtes-vous ? dit une voix de l’autre côté.
-Je suis le silence, je suis ton frère, répondit Eryl d’un ton solennel.

Plusieurs bruits de serrures se firent entendre et la lourde porte grinça finalement sur ses gonds mal huilés. Eryl entra dans l’ouverture et fit un vague signe de salut au gardien éborgné qui venait de lui ouvrir. Après quelques mètres de couloir, Eryl déboucha dans la pièce plutôt large et bien éclairée d’une taverne. Plusieurs tables étaient occupées, soit par plusieurs personnes discutant à voix basse, soit par des personnes seules, qui attendaient probablement des clients.

Eryl rejoignit un homme attablé au fond de la pièce. Il s’assit devant ce dernier et fit un signe à la serveuse. Celle-ci apporta deux chopes de bières à la table et s’éloigna rapidement, souhaitant à tout pris éviter d’en entendre trop.

Sans dire un mot, Eryl sortit le coffret qu’il avait récupéré la nuit dernière et le posa sur la table.

-Ouvert ? dit l’homme après quelques instants.
-Inviolé. La serrure est intacte. répondit Eryl.

L’homme rangea le coffre dans un sac duquel il sortit une poche qu’il posa sur la table avec un tintement métallique avant de se lever et de quitter l’établissement.

Eryl finit sa bière, récupéra son paiement et se dirigea vers un homme qui était attablé au comptoir dans un coin de la pièce. Il s’assit à côté de celui-ci et posa devant lui quelques pièces dont l‘homme s’empressa de s’emparer.

Iriev, le référant. C’était lui que les gens contactaient quand ils voulaient s’approprier quelque chose. Il distribuait ensuite ces contrats entre les différents acquisiteurs de la ville, contre un pourcentage sur la paye touchée.

-Un autre contrat à me proposer ? demanda Eryl.

Iriev, qui notait quelque chose dans un petit carnet qu’il rangea rapidement, sortit un gros livre relié à la main qu’il posa sur le comptoir et commença à feuilleter.

-L’hiver approche, les contrats se raréfient. répondit Iriev, les yeux rivés sur le livre.
-Les voies ne sont pas encore fermées, il doit bien rester quelque chose.
-Non, mais elles vont pas tarder à l’être.
Donc t’a rien ?

Iriev ne répondit pas, continuant à feuilleter son livre. Il releva finalement la tête après quelques longues minutes.

-Si, il m’en reste un. dit-il finalement.
-Alors ? s’enquit Eryl.
-Il est très bien payé. répondit Iriev d’un ton hésitant.
-Combien ?
Vingt mille écus.

Eryl écarquilla les yeux de surprise, puis reprenant un air sérieux demanda :

-Mais ?
-Il est plutôt dangereux.
-La cible ?
Lionel Velame.

Lionel Velame. L’un des plus puissants des marchands régents. Connu pour sa cupidité, mais aussi sa froideur et sa violence, il était probablement la personne la plus dangereuse à approcher de la cité.

-Combien de temps pour la réalisation ? demanda Eryl après un moment de réflexion.
-Trois jours.
-Impossible. Il pleuvra les trois prochains jours et puis il me faut au moins une semaine pour préparer une mission. La paye est conséquente mais c’est trop dangereux.

-Si tu ne le prends pas je comprendrai, mais personne d’autre ne le fera.
-Comment ça ?
-Pas la peine de jouer les modestes, tu le sais très bien. Tu es de loin le meilleur acquisiteur de la ville. T’es le seul à pouvoir réussir ce contrat.
T’a vraiment rien d’autre ?
-Non.

Eryl réfléchit. Vingt mille écus, cette somme lui suffirait pour vivre une année entière sans avoir à remplir le moindre contrat. Cela pourrai enfin lui donner une occasion de repartir à zéro. Quitter la colline. Vivre.

Mais le contrat était trop dangereux. La cible était trop dangereuse, le temps manquait et la pluie rendrait la mission encore plus difficile. Eryl n’avait pas besoin de cet argent pour passer l’hiver, en se serrant la ceinture et en minimisant les dépenses, ses économies devraient suffire.

Le contrat ne valait pas le risque.

-Je prend. déclara-t-il avant de s’éloigner.

 

– Gaétan Marras

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